Atelier d'écriture

UNE DESCRIPTION, LA MAURESQUE

Cette photographie, datant de la fin du XIXe siècle, représente une femme parée de nombreux bijoux et de riches habits, allongée sur des coussins et des tapis. Elle fixe l’objectif et tient ostensiblement dans une de ses mains le narguilé posé devant elle. Ses riches atours contrastent avec la pauvreté qui se dégage de toutes les autres photographies retenues dans le cadre de l'atelier « Regards d'Algérie ».

Une question se pose alors subitement lorsque, en tant que spectateur, nous affrontons son regard : qui est-elle ?

S’agit-il de l'épouse d'un riche commerçant ? En Afrique du Nord, les hommes ne permettaient pas à leur épouse de s’exposer ainsi. 

Provocatrice et allongée, regardant fixement le photographe s’agit-il d’une prostituée ? En Algérie, pendant la colonisation la prostitution s’est largement répandue. Toutefois, cette photographie met en scène l’exotisme que représente la femme orientale pour un homme européen.

Roxane Delcroix (Terminale)

 

Atelier archive du lycée Colbert - Mauresque

ECRIT D’INVENTION, PANORAMA D’ORAN

 

C’était un endroit charmant, ma ville reflétait l’Algérie: son marché, ses habitants, ses maisons et ses rues, les odeurs, et le soleil qui ne nous quittait jamais. Dans mon quartier, chacun me connaissait. J’étais un petit garçon de neuf ans, vif disait-on, plein de rêveries et toujours prêt à entendre les histoires du monde. 

C’est justement là que commence mon histoire. Je n’ai jamais pu sortir de ma ville. Trop jeune au départ. Puis j’ai grandi et on m’a appris qu’au-delà des frontières de la ville, des hommes venus d’un autre pays, les colons, pourraient facilement m’attirer des ennuis. J’étais trop jeune pour affronter cela. Mon grand-père disait d’ailleurs que je devais préserver mon innocence, parce que c’était l’une des plus belles facettes de l’enfance, et qu’il était facile de la perdre. Néanmoins, ma soif de découverte me rendait têtu. 

Un jour, alors que j’étais seul chez moi, j’admirais de ma fenêtre cette belle montagne qui touchait notre chère ville. Elle était grande, majestueuse, avec ses lignes élégantes, et semblait m’inviter sur sa pointe afin de contempler le monde qui l’entourait. Je fus comme hypnotisé et décidai de gravir la montagne.

Lorsque je me retrouvai à ses pieds, la montagne me sembla beaucoup plus haute. L’excitation monta en moi et poussa mon premier pas. Plus je montais, plus l’impatience d’arriver au sommet était grande. Je voyais déjà ma ville s’éloigner en contrebas. Les gens, les maisons, les animaux rapetissaient au fur et à mesure que je grimpais. Cela m’amusait énormément et me fit accélérer le pas.

Arrivé à mi-hauteur, je décidai de ne pas me précipiter. Chaque instant me remplissait d’une joie fébrile. Le sourire aux lèvres, je me tournai vers la vallée et j’ouvris grand les yeux. Ma ville était belle, entourée de collines et de montagnes qui avaient chacune leur charme. Je me sentis libre, invincible et empli de rêves. Le soleil me caressait la peau, le vent me rafraîchissait et m’invitait à partir avec lui pour découvrir le reste du monde. Je sus à ce moment que mon enfance serait à jamais marquée par cette image. 

Cependant, je vis deux hommes se détacher du paysage : un Algérien et un colon. Cela me rappela le danger qui guettait nos terres. Mais cette fâcheuse pensée s’envola vite face à la beauté du paysage qui s’offrait à moi.

À cet instant, je fermai les yeux et respirai un grand coup. Mais un hurlement me les fit rouvrir. L’homme du danger venait de poignarder l’Algérien. Je vis dans son regard un feu de haine non justifié, de la haine gratuite. Comment un acte aussi cruel pouvait-il avoir eu lieu à cet endroit si beau, si pur ? J’étais terrifié et tremblais, des larmes coulaient à flots sur mon visage. L’homme du danger s’était déjà éloigné, laissant au sol l’homme agonisant. La vue n’eut alors plus d’importance, le soleil qui se couchait semblait fuir l’acte criminel, comme un lâche qui jure n’avoir rien vu. Le vent ne soufflait plus. J’étais là, seul face à cette atrocité, ne sachant que faire. Alors je m’agenouillai près de l’homme ensanglanté qui ne bougeait maintenant plus.

Mes rêves s’en étaient allés avec sa vie.

Yohanne Bernard (Terminale)